Islam : l’inquiétant recentrage de Michel Onfray

ZemmourOnfrayLe débat opposant Michel Onfray à Eric Zemmour, à Nice, dure une heure et quart, et mérite d’être regardé et écouté attentivement.

Sous l’arbitrage de Frantz-Olivier Giesbert, qui s’est senti obligé de défendre tout au long de la soirée l’Union européenne et François Mitterrand, alors qu’on ne lui demandait que de mener le débat, les deux hommes ont échangé, dans un grand respect, sur l’islam, le libéralisme, l’Europe, Mai 68 et le féminisme, avant de conclure sur ce qu’ils appellent le tragique de l’Histoire actuel.

http://www.dailymotion.com/video/x2suh4x

Sur l’islam, si nous avons retrouvé le Eric Zemmour que nous aimons, expliquant sans ambiguïté qu’il n’y a qu’un seul islam, que les textes du Coran sont sacrés pour les musulmans, qu’ils se doivent d’imiter la vie du Prophète dans tous les actes de leur vie. Par contre, nous avons été consternés par le nouveau discours de Michel Onfray, bien éloigné de celui où il n’hésitait pas à expliquer, sur les plateaux de télévision, au grand dam des présentateurs, que le problème, c’était l’islam, et pas la burqa, ou quand il sortait, devant un Aymeric Caron livide, les sourates du Coran appelant à tuer les infidèles et tout ce qui n’est pas musulman.

https://www.youtube.com/watch?v=MeDK4lHMNtI

Nous avons entendu le talentueux philosophe nous faire du relativisme, comme il y a dix ans, dans sa période gauchiste, où il renvoyait les trois religions dos-à-dos. Nous avons tout de suite compris, quand il s’est différencié comme un bien-pensant d’une couverture de L’Express qui osait dire que les Arabes nous posaient problème, qu’il allait nous faire un grand numéro de recentrage. Michel Onfray a usé de tous les enfumages classiques pour nous expliquer qu’il pouvait y avoir un islam républicain, rejoignant par là-même les discours des caciques du PS, de l’UMP ou celui d’un Philippot. Il suffirait, selon lui, d’expliquer les lois de la laïcité et de la République, et le tour serait joué.

Dans cet esprit, il nous fera le coup de plusieurs lectures de l’islam, qui dépendent de l’esprit dans lequel on traduit les textes sacrés !

Il ira jusqu’à dire que si les musulmans tuent au nom de Mahomet, les catholiques ont pu faire l’Inquisition au nom de Jésus chassant les marchands du Temple, ce qui tout de même énorme.

Nous avions déjà exprimé notre inquiétude quand nous avions vu Michel Onfray, si remarquable quand il avait ridiculisé un Juppé avouant qu’il n’avait jamais lu le Coran, commencer à nous parler d’un possible islam évoquant le « Pas d’interdit en religion », malgré la mise au point effectuée par notre ami Hamdane Ammar.

http://ripostelaique.com/cher-michel-onfray-il-ny-a-quun-islam-celui-de-medine.html

Cela nous fait penser au recentrage de la CFDT, passé dans les années 1975 du syndicalisme révolutionnaire au réformisme le plus mou, ou à celui de l’actuelle direction du FN sur la question identitaire. Nous ignorons les dessous de ce virage à 180 degrés du philosophe sur l’islam, mais bien évidemment, cela nous consterne. A une époque où la majorité de nos compatriotes prend conscience de la réalité du cancer islamique, nous avons besoin plus que jamais d’un homme de gauche comme Michel Onfray qui nous explique que l’islam est incompatible avec la République, pas d’un piètre imitateur de Fourest ou des francs-maçons nous faisant le coup d’un possible islam républicain ! A quand un islam des Lumières à la Malek Chebel ?

La suite du débat fut par ailleurs d’un très haut niveau, entre deux hommes amoureux de la confrontation amicale, bien que ferme, qui se respectaient énormément.

Sur le rôle de l’Etat et du libéralisme, ils apportèrent des précisions fort utiles. Eric Zemmour expliqua sa conception d’un libéralisme acceptable, rappelant que sous le général de Gaulle, les prélèvements ne s’élevaient qu’à 33 %, contre 57 % à présent. Michel Onfray expliqua que le dernier livre de Proudhon, parlant d’un Etat qui pouvait être émancipateur plutôt que liberticide et spoliateur, avait transformé sa vision du monde.

Sur mai 68, la confrontation tint également ses promesses. Le philosophe se dit d’accord avec les objectifs, tout en admettant que le résultat actuel est catastrophique. Beaucoup moins nuancé, le journaliste y voit la mise à mort de tous les repères qui permettaient à une société de maintenir un cap : la Nation, la famille, l’Eglise. Il déplora la mort de ces structures traditionnelles et la victoire d’un Individu roi devenu fou.

Ce fut sans doute sur le féminisme que l’affrontement fut le plus sévère, entre un Michel Onfray décrivant une condition esclavagiste de la femme d’avant mai 68 qu’Eric Zemmour, avec sa vigueur habituelle, contesta férocement.

Leur conclusion montre qu’ils ont tous deux conscience du tragique de la situation. Pour le philosophe, les civilisations naissent et meurent, et la nôtre est en train de mourir. Le journaliste se dit d’accord avec le verdict, mais pour des raisons différentes, voyant la résurgence de nouvelles guerres de religion, sous la pression de l’islam conquérant. Il se dit, contrairement à un Onfray qui ne croit pas à la guerre civile, convaincu que celle-ci venait lentement, mais sûrement. Là où Eric voit de nouvelles guerres de religion, nous voyons plutôt un affrontement civilisationnel, opposant l’Occident de la liberté à l’islam de l’obscurantisme.

A ce jour, ce débat a déjà été vu par plus de 150.000 visiteurs. Nous sommes convaincus que cela fera encore davantage, et aurions pu les écouter des heures et des heures, tant leur liberté de ton et leur grande culture, qu’ils savent l’un et l’autre vulgariser, étaient un régal pour les esprits libres que nous prétendons être. Bravo encore à eux deux !

Mais par pitié, que Michel Onfray cesse ses discours d’enfumeur sur l’islam, et se souvienne de cette phrase de Jaurès : “Le courage, c’est de chercher la Vérité, et de la dire”.

Paul Le Poulpe